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On voit mourir toute chose animér, Je vis, je meurs: je me brule et me noye, Oh si j'estois en ce beau sein ravie, Las! que me sert, que si parfaitemen |
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| On voit mourir toute chose animée
(1555)
On voit mourir toute chose animée, Lors que du corps l'âme subtile part. Je suis le corps, toi la meilleure part : Où es-tu donc, ô âme bien-aimée ? Ne me laissez par si long temps pâmée, Pour me sauver après viendrais trop tard. Las ! ne mets point ton corps en ce hasard : Rends-lui sa part et moitié estimée. Mais fais, Ami, que ne soit dangereuse Cette rencontre et revue amoureuse, L'accompagnant, non de sévérité, Non de rigueur, mais de grâce amiable, Qui doucement me rende ta beauté, Jadis cruelle, à présent favorable. Click
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Oh ! si j'étais en ce beau sein ravie
(1555) Oh ! si j'étais en ce beau sein ravie De celui-là pour lequel vais mourant ; Si avec lui vive le demeurant De mes courts jours ne m'empêchait envie ; Si m'accolant, me disait : Chère Amie, Contentons-nous l'un l'autre, s'assurant Que jà tempête, Euripe, ni courant Ne nous pourra déjoindre en notre vie ; Si, de mes bras le tenant accolé, Comme du lierre est l'arbre encercelé, La mort venait, de mon aise envieuse, Lors que souef* plus il me baiserait, Et mon esprit sur ses lèvres fuirait, Bien je mourrais, plus que vivante, heureuse. |
Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie (1555) Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ; J'ai chaud extrême en endurant froidure : La vie m'est et trop molle et trop dure. J'ai grands ennuis entremêlés de joie. Tout à un coup je ris et je larmoie, Et en plaisir maint grief tourment j'endure ; Mon bien s'en va, et à jamais il dure ; Tout en un coup je sèche et je verdoie. Ainsi Amour inconstamment me mène ; Et, quand je pense avoir plus de douleur, Sans y penser je me trouve hors de peine. Puis, quand je crois ma joie être certaine, Et être au haut de mon désiré heur, Il me remet en mon premier malheur. |
Las ! que me sert que si parfaitement (1555) Las ! que me sert que si parfaitement Louas jadis et ma tresse dorée, Et de mes yeux la beauté comparée A deux Soleils, dont Amour finement Tira les traits causes de ton tourment ? Où êtes-vous, pleurs de peu de durée ? Et mort par qui devait être honorée Ta ferme amour et itéré serment ? Doncques c'était le but de ta malice De m'asservir sous ombre de service ? Pardonne-moi, Ami, à cette fois, Etant outrée et de dépit et d'ire ; Mais je m'assur', quelque part que tu sois, Qu'autant que moi tu souffres de martyre. |
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