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Le Piano, Baigneuse, Les Grandes Fontaines, Nos Mains au jardin |
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| Le Piano
Il a suffi d'une note légère D'un seul doigt frappée Par un esclave tranquille Une seule note un instant tenue Pour que la clameur sourde des outrages Enfouis au creux des veines noires Monte et se décharge dans l'air immobile Le maître ne sachant que faire Devant ce tumulte Ordonne qu'on ferme le piano A jamais. Oeuvre Poétique 1950-1990 (Paris: Ed. Boréal/Seuil, 1992), p. 116. |
Baigneuse Soleil en pluie sur la mer Soleil roux soleil jaune Blanc soleil de midi Bleu soleil sur la mer Mélange des eaux et du feu A midi. Onde profonde où je descends Mer verte mer bleue Rutilante Verte bleue Profonde où je descends Du bout de l'eau ramenée Remonte à la surface Comme une bulle de jour Poisson d'argent Sur le dos sur le ventre Criblée de flèches d'or Invente à loisir Des pièges fins Des écluses tranquilles Des nasses liquides Pour saisir le soleil Entre mes doigts mouillés. Oeuvre Poétique 1950-1990
(Paris: Ed. Boréal/Seuil, 1992), p. 153. |
Les Grandes fontaines N'allons pas en ces bois profonds A cause des grandes fontaines Qui dorment au fond. N'éveillons pas les grandes fontaines Un faux sommeil clôt leurs paupières salées Aucun rêve n'y invente de floraisons Sous-marines et blanches et rares. Les jours alentour Et les arbres longs et chantants N'y plongent aucune image. L'eau de ces bois sombres Est si pure et si uniquement fluide Et consacrée en cet écoulement de source Vocation marine où je me mire. O larmes à l'intérieur de moi Au creux de cet espace grave Où veillent les droits piliers De ma patience ancienne Pour vous garder Solitude éternelle solitude de l'eau. Poèmes
(Paris: Editions du Seuil, 1960), p. 17-18. |
Nos mains au jardin Nous avons eu cette idée de planter nos mains au jardin Branches des dix doigts Petits arbres d'ossements Chère plate-bande. Tout le jour Nous avons attendu l'oiseau roux Et les feuilles fraîches A nos ongles polis. Nul oiseau Nul printemps Ne se sont pris au piège de nos mains coupées. Pour une seule fleur Une seule minuscule étoile de couleur Un seul vol d'aile calme Pour une seule note pure Répétée trois fois. Il faudra la saison prochaine Et nos mains fondues comme l'eau. Poèmes
(Paris: Editions du Seuil, 1960), p. 49-50. |
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